Mon adoption est un tabou

Je m’appelle Lise Delmotte, je suis née le 25 janvier 1988 et j’ai été adoptée par mes parents six mois après ma naissance aux Philippines. Aujourd’hui, j’ai 33 ans, je suis mère célibataire d’une petite fille et j’habite en Alsace à Kingersheim, mais j’ai pour projet de me rapprocher de ma famille en Haute-marne à Saint-Dizier.


Mes parents ont eu recours à l’adoption, pour cause de problèmes de stérilité de mon père. À l’époque ils ne disposaient pas des moyens que nous avons aujourd’hui pour essayer d’avoir des enfants autrement. Ce désir d'enfant a fait naître une famille composée de : mes parents, mon frère aîné de trois ans, lui aussi adopté aux Philippines et moi-même.


Durant l’année 2015 mon frère Yann et ma mère sont décédés sur une période de cinq mois. Mon frère est mort d’une overdose et ma mère d’une sclérose en plaques. Désormais il ne reste plus que mon père et moi.


Les décès rapprochés de mon frère et de ma mère m’ont profondément touché, la violence du choc était telle que cela m’a poussé à me poser des questions sur mon frère et ce qu’il représentait dans mon histoire personnelle. Issu du même pays d’adoption, il a toujours été le lien avec mes origines. À l’annonce de sa perte, j’ai non seulement perdu un frère, mais également le seul lien avec mon passé.

Un autre événement à aussi contribuer à mes interrogations, quand j’ai appris que j’attendais ma fille. Je n’aurais jamais imaginé qu’une grossesse pouvait autant me bouleverser au point d’être déprimée. J’ai violemment ressenti l’abandon de ma mère biologique ainsi que celui de ma mère à qui j’en ai voulu d’être partie trop tôt. J’ai alors fait le triste constat que je n’avais plus aucune figure maternelle.


Désormais sans repères et sans modèles d’identification, je me devais de connaître la vérité sur mon histoire, pour qu’un jour, je puisse la raconter à ma fille.





J’ai commencé à me poser des questions sur mes origines pendant mon adolescence et pour trouver un semblant de réponse, je me racontais souvent des histoires. Je me demandais comment était le visage de ma mère biologique et quelles étaient les raisons de mon abandon.


Bien que ma mère soit un sujet essentiel à ma quête, à cette époque, je m’interrogeais davantage sur mon pays de naissance.


"L’adoption a toujours été un sujet tabou au sein de ma famille, on ne parlait pas de notre adoption, on ne communiquait pas beaucoup en général."


On nous l’avait expliqué à travers des livres et on nous donnait accès à notre dossier si l’on en ressentait le besoin. Mais dès lors que mon frère et moi voulions aborder le sujet, on nous disait “Sans nous, vous n’êtes rien…”


Petite, j’étais conditionnée à ne pas trop poser de questions, sinon je prenais le risque d’entendre des remarques désobligeantes de mon entourage tel que :

“Tes parents t’ont sauvé de la misère, estime-toi heureuse d’être là”


J’ai souvent été confrontée à ce genre de remarques racistes, elles ont participé à nourrir une haine tenace de mes origines. Je n’aimais pas les traits de mon visage. Je me refusais tous questionnements sur mon histoire, car chercher des réponses m’aurait obligé à faire face à ce que je suis.


Mon frère, au contraire, se posait beaucoup plus de questions. Il a vécu le racisme avec beaucoup de violence, tandis que moi, j’étais plutôt dans le déni. Il prenait les choses très à cœur, ce qui je pense à contribuer à augmenter son mal-être.


Aujourd’hui, je veux avancer et retrouver ma famille biologique pour comprendre mon histoire. Pour le moment, je suis au commencement de ma quête, je n’ai pas d’attentes et espérances particulières. Je ne me sens pas capable d’avoir un quelconque contact pour l’instant, peut-être plus tard, quand je me sentirai prête et en confiance.


Les relations que j’ai avec ma famille demeurent conflictuelles. Ils ont toujours été très toxiques à mes yeux, inconsciemment ou non j’ai préféré prendre mes distances.

Présentement, j’essaye de prendre le meilleur d’eux-mêmes.


Pour m’aider à gérer le décès de ma mère et de mon frère, mais également mon adoption, je suis suivie par un thérapeute. L’essentiel, c’est d’être heureuse et en paix, pour ma fille et moi-même.


Quant à mon avenir, je le vois lumineux, dans le partage et l’aide à autrui. Je souhaiterais me servir de mon expérience pour parler plus ouvertement de l’adoption et changer certaines choses.



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