La quête des origines : gêne, honte, culpabilité envers les parents adoptifs ?


La question des origines est un sujet sensible et récurrent chez les personnes adoptées. D’où je viens ? À qui je ressemble ? Quelles sont les raisons de mon abandon ? Ces questions traverseront la grande majorité des personnes adoptées, à un moment ou à un autre de leur existence, et obtenir des réponses sera alors perçue comme un véritable besoin.


Ceci n’a rien d’étonnant. Toute fondation repose sur de solides bases. Comment se construire, alors, lorsque nos bases, nos origines, restent floues ? De nombreuses personnes réussissent à trouver des bases tout aussi solides ailleurs, mais beaucoup d’adoptés resteront bloqués face au flou de leur passé. Il est alors tout à fait normal qu’ils cherchent des réponses à leurs questions, parfois dès leur plus jeune âge, parfois en grandissant.



Pont avec Ciel Bleu


Quel que soit leur âge, aborder le sujet de leurs origines avec leurs parents adoptifs peut s’avérer extrêmement compliqué pour certains. S’interroger sur leurs origines peut être perçu, à tort, comme un acte d’infidélité envers leurs familles adoptives. Ce sentiment peut être développé par l’adopté lui-même qui a l’impression, en recherchant sa famille biologique, de trahir sa famille adoptive ou de se montrer ingrat.

La plupart des adoptés se voient répéter, plus ou moins régulièrement, quelle chance ils ont eu d’avoir été adoptés par leur famille et à quel point ils devraient leur en être reconnaissants. Beaucoup peuvent alors se sentir redevables face à leurs parents adoptifs. En s’intéressant à leur passé, de nombreux adoptés ressentent donc une certaine culpabilité envers leurs familles.



« Je n’ai jamais réussi à en parler avec eux ! J’ai un sentiment de culpabilité et d’être une ingrate ! De n’être pas satisfaite de la chance que j’ai de les avoir. Je n’en ai parlé qu’une seule fois avec eux, quand j’avais 16 ans et que je voulais ouvrir mon dossier. C’est là que j’ai découvert que j’étais née d’un viol. Je n’ai plus jamais abordé le sujet avec eux après ça. » (Maéva)



Il n’est pas rare non plus qu’ils craignent d’en parler à leurs parents adoptifs par peur de leur réaction ou tout simplement de les blesser. En effet, du côté des parents, l’intérêt de leur enfant pour ses origines est régulièrement perçu comme une menace. Il donne lieu à une peur, à une angoisse.



« Ma maman a toujours été transparente sur ce sujet, mais je pense qu’elle avait peur de me perdre si je retrouvais ma mère. » (Priscia)



Certains parents peuvent interpréter cet intérêt comme une critique ; si leur enfant s’intéresse à ses origines, c’est qu’il n’est pas parfaitement comblé par ses parents. La recherche de sa famille biologique peut aussi être perçue comme une véritable attaque. Si ces recherches aboutissent, leur enfant pourrait simplement délaisser ses parents adoptifs, voire pire, préférer ses parents biologiques. Leur place est donc menacée. Ces craintes poussent certains parents à adopter une position défensive. Les réactions peuvent être diverses : éviter le sujet, culpabiliser leur enfant, voire même dans certains cas extrêmes, entraver ses recherches.



« Je ressens de la gêne avec mon père car il est très fermé sur le sujet de l’adoption, alors qu’avec ma mère on en a déjà parlé plusieurs fois. Avec mon père le dialogue serait impossible, il se sent « menacé. » » (Michael)



Cette crainte est parfaitement naturelle de la part d’un parent, mais elle n’est pas fondée. Retrouver sa famille biologique n’effacera nullement les nombreuses années qu’un enfant aura passées avec sa famille adoptive. De plus, elle ne donne aucunement le droit de culpabiliser l’enfant dans sa quête de réponses. Cette étape peut être extrêmement dure mais s’avère nécessaire pour certains. Les parents doivent donc se préparer et il est de leur devoir de soutenir leur enfant dans sa quête.



« Je ressens un peu de gêne seulement vis-à-vis de ma mère, car je sais que ce sujet la touche beaucoup. Mais je ne me sens absolument pas coupable car c’est un besoin naturel de savoir d’où l’on vient.

Quand j’en ai parlé à mes parents, ils l’ont très bien pris, je pense qu’à partir du moment où ils adoptent, ils savent qu’un jour ou l’autre arrivera le moment où leurs enfants auront besoin de réponses. Ils ont du temps pour s’y préparer. » (Leopold)



« Personnellement, depuis que je suis petite, on m’a dit que si je le voulais il était prévu et possible de retrouver mes origines donc je n’ai pas grand-chose à demander et je verrais ça quand le moment sera venu… Si je dois en parler, je ne culpabiliserais pas. Je ne saurais peut-être pas trop comment aborder le sujet mais ça en resterait là. » (Caroline)