La peur de l’abandon chez les personnes adoptées. Partie 1/3.


Qu’est-ce-que la peur de l’abandon ?



NB: Cet article n’a pas été écrit par un psychologue. Il ne s’agit que d’une introduction sur la peur de l’abandon, rédigée à partir de plusieurs articles scientifiques et témoignages. Cette peur, bien qu'extrêmement fréquente chez les personnes adoptées, n'est pas systématique. Chaque personne vit son abandon et son adoption à sa manière, il n'y a donc pas de généralité.



La peur de l’abandon peut être commune à tous les êtres humains. Elle est causée par une blessure primitive qui engendre un traumatisme chez l’individu. Certains spécialistes vont même jusqu’à dire que l’accouchement, comme séparation physique entre la mère et son bébé, est le premier abandon vécu par tous et qu’il pourrait laisser des séquelles inconscientes chez certains d’entre nous.

Cette peur de l’abandon fluctue, bien entendu, selon les individus. Toutefois, elle est particulièrement répandue chez les personnes adoptées en raison de leur histoire et de leur passé. Nous tenterons, dans cet article et les suivants, de l’expliquer et de proposer des solutions pour l’apaiser.



I. La blessure primitive comme élément déclencheur : l’abandon de la mère biologique


Chez les enfants adoptés, c’est bien entendu la séparation de leur mère biologique qui joue le rôle de blessure primitive. Il n’y a, en effet, pas d’adoption sans abandon et cet événement est particulièrement traumatisant pour l’enfant.


L’abandon est traditionnellement perçu comme un acte de rejet, voire d’indifférence, des parents, et plus particulièrement de la mère biologique, envers leur enfant. Dans bien des situations, il peut aussi s’agir pour la mère d’une décision douloureuse prise dans un contexte donné. Toutefois, cet abandon est rarement compris par l’enfant ce qui complexifie considérablement son travail de deuil. Ce rejet peut alors provoquer des sentiments contradictoires, empreints de haine et d’amour envers la mère, d’un profond mal-être, d’un sentiment de culpabilité… Or, tant que l’enfant n’a pas pleinement accepté son abandon et fait son deuil, il ne peut pas lui-même procéder à l’abandon de sa famille biologique. Cette famille, pourtant absente, garde toute sa place dans son psychisme. En effet, cet abandon doit être mutuel pour que l’enfant devienne « adoptable » c’est-à-dire, au-delà de l’aspect juridique, prêt à être adopté par une nouvelle famille.


Contrairement à ce que l’on pourrait penser, même les nourrissons abandonnés ressentent cette blessure. Leur cerveau rationnel n’est pas encore formé, ils ne gardent donc aucun souvenir visuel de cette scène. Toutefois, leur cerveau émotionnel commence déjà à se développer. Celui-ci est associé au système limbique, en charge de nos différentes émotions. Par conséquent, le nourrisson va tirer de cette scène d’abandon des émotions et des sensations qui peuvent remonter inconsciemment en grandissant.


Fil lumineux dans les mains

II. Les conséquences de l’abandon dans le processus de filiation psychique


Généralement, on distingue trois types de filiation. D’abord, la « filiation biologique », entre l’enfant et ses géniteurs. Ensuite, la « filiation juridique », qui nous désigne comme membre d’une famille, à travers le jugement d’adoption par exemple. Enfin, la « filiation psychique », c’est-à-dire l’identité de l’enfant et sa place dans la famille.


C’est cette dernière filiation, la filiation psychique, qui nous intéresse ici. Elle se construit au fil du temps et se compose, selon les spécialistes, de trois éléments : une filiation symbolique, une filiation imaginaire et une filiation réelle.


- La filiation symbolique a trait à la parole : « Tu es mon enfant ». Mais, la parole peut paraître bien faible, notamment pour une personne adoptée, qui a donc été abandonnée par le passé. L’enfant peut douter de sa sincérité ou, du moins, de sa solidité.


- La filiation imaginaire se centre sur la représentation et l’identification de l’enfant par rapport à ses parents. Or, l’enfant adopté fait face à plusieurs figures parentales : la famille biologique, la ou les familles d’accueil pour certains, et la famille adoptive. Chaque famille propose un « discours » différent, ce qui complexifie considérablement l’identification de l’enfant (enfant abandonné, enfant de passage, membre à part entière de la famille).


- La filiation réelle est directement liée à la conception de l’enfant qui, chez les enfants adoptés, est marquée par le rejet parental et l’ignorance.


La complexité de la filiation psychique de l’enfant adopté peut le faire douter de la solidité de sa place dans sa nouvelle famille et alimenter sa peur de revivre l’expérience de l’abandon.




III. Naissance d’une peur de l’abandon


L’abandon primitif, systématiquement traumatisant pour un enfant, et la plus complexe identification de l’enfant adopté au sein de sa nouvelle famille, sont donc des facteurs clés dans le déclenchement d’une peur de l’abandon. Le « rejet » de sa mère biologique peut fortement impacter sa confiance en lui et sa place peut lui sembler précaire. Certains adoptés peuvent alors douter de leur légitimité ou ressentir une grande colère, voire de la culpabilité. Cette peur peut être parfaitement inconsciente, mais elle dépasse souvent la sphère familiale pour s’étendre à toutes les relations de l’individu, complexifiant ses interactions sociales.