La double culture, richesse ou fardeau des personnes adoptées à l’étranger ?


De nos jours, les adoptions internationales représentent, d’après le Gouvernement, plus de 80% des adoptions en France. Ces enfants sont parfois recueillis par des parents issus du même pays d’origine ; d’autres perdront quant à eux tout contact avec leur culture natale s’ils ne font pas l’effort de la maintenir ou de la réacquérir.

Les enfants adoptés à l’étranger font donc face à une double culture – et parfois plus selon l’héritage culturel que leur transmettront leurs parents adoptifs – pas toujours facile à s’approprier.


La double culture n’est pas un phénomène propre aux personnes adoptées, toute personne issue de l’immigration peut aussi en bénéficier. Sur bien des aspects, la double culture peut être une richesse et faire la force d’un individu. Avoir une double culture c’est avoir deux visions du monde qui s’offrent à nous, deux modes de vie, parfois deux langues, des traditions diverses (culinaires, religieuses, vestimentaires, politiques…). Avoir une double culture, c’est donc avoir une plus grande liberté de choix. Cela peut largement contribuer à l’épanouissement personnel d’un individu.

Nous ne recherchons pas ce que nous ne connaissons pas. Une personne n’ayant connu qu’une seule culture va bien souvent se cantonner au modèle qu’elle a toujours connu. Au contraire, posséder une double culture permet de choisir ce qui nous plaît le plus, quels éléments nous conviennent le mieux. Notre libre arbitre s’en voit renforcé. Et en faisant ces choix, nous nous découvrons un peu plus.

La double culture entraîne aussi une plus grande liberté d’esprit. Une personne possédant une double culture est habituée à jongler entre ces deux cultures, à faire face à des modèles différents. Elle jouit donc d’une bien plus grande adaptabilité face aux situations. Elle bénéficie aussi d’une plus grande tolérance face aux autres.


Toutefois, ces nombreux bénéfices n’apparaissent bien souvent que lorsque nous sommes au clair avec notre double identité culturelle. Or, comment construire son identité culturelle lorsque nous faisons face à deux modèles différents, voire contraires ? Lorsque ces modèles sont contraires doit-on nécessairement en choisir un et rejeter l’autre ? Les personnes possédant une double culture peuvent aussi craindre de faire face à un rejet de la part des autres en raison d’une de leur culture. Et comment se positionner lorsque nous n’appartenons pas à 100% à aucune communauté? Ces questions identitaires assaillent bien souvent les personnes faisant face à deux modèles culturels, notamment dans leur jeunesse, au moment de se construire.





À ces dilemmes intérieurs s’ajoutent pour les personnes adoptées plusieurs difficultés. D’abord, parce qu’elles font aussi face à un autre dilemme identitaire du fait de la spécificité de leur histoire et de leur filiation. Leur culture d’origine, le souvenir de leur pays natal, peuvent aussi les renvoyer à leur abandon. Ceci entraîne chez certains un véritable rejet de leur culture d’origine.



« Personnellement, j’ai fait un rejet complet car quand j’étais enfant j’ai beaucoup souffert d’avoir été abandonnée puis adoptée, je ne comprenais pas ! Alors je me suis enfermée dans une grosse carapace plus ou moins malsaine. J’ai perdu beaucoup de temps à m’intéresser à mon pays, l’espagnol je ne voulais même pas en entendre parler (malgré les remarques de mes parents). J’ai réellement accepté vers mes 17/18 ans. Puis j’ai eu ma fille et ça m’a beaucoup ouvert les yeux, j’aimerais qu’elle connaisse ses origines. » (Helena, adoptée en Colombie)



Certaines personnes font aussi face à une rupture totale d’avec leur culture d’origine lorsque leurs parents adoptifs ne la partagent pas et n’ont pas chercher à maintenir le lien culturel de leur enfant. Elles se savent donc appartenir à une autre culture sans pour autant bénéficier d’un modèle, d’un représentant de cette culture, au sein de leur environnement proche.



« Le rapport à la double culture est hyper complexe. Surtout en France où l’on vous fait croire que tout le monde est uni, alors que la réalité est tout autre. Dès toute petite, j’avais compris que je venais de Colombie. Je n’en entendais tellement pas parler que je souhaitais être brésilienne. En grandissant, et ayant eu la chance de partir plusieurs fois en Colombie, j’ai redécouvert cette culture qui m’avait été enlevée. C’est un long travail psychologique identitaire à faire sur soi, ça prend du temps. L’aide extérieure est essentielle. Être exposé à la communauté colombienne m’avait aidé à me sentir enfin chez moi. Maintenant je ne suis pas que Colombienne, ni que Française, mais les deux. » (Clara, adoptée en Colombie)




En effet, le travail d'identification culturelle passe d'abord par un apprentissage de cette culture d'origine : par la langue, l'histoire, les traditions, les spécialités culinaires, un retour au pays, etc. En se rapprochant de leur culture d'origine, la plupart des personnes adoptées arrivent à s'y identifier petit à petit et à pleinement accepter et revendiquer leur double culture.



« Ma première culture est la culture basco-landaise [la culture du Pays Basque, N.D.L.R.] car je me définis plus comme basco-landaise que française. J’ai grandi dans la culture basque (langue, drapeau, plats, croyances, lieux…), mais la culture française vient donner la main inévitablement. La culture mexicaine m’est venue plus tard, elle est dans mon esprit, elle est dans mon cœur, j’essaie de m’en imprégner le plus possible pour connaitre la culture de ma terre natale. Mes trois cultures se complètent et s’apportent des choses mutuellement.


Je me sens proche de la culture avec laquelle j’ai grandi et avec laquelle j’ai construit mon esprit. La culture française est belle, mais ce n’est pas celle qui me définit entièrement. Je me sens plus loin de la culture mexicaine, mais elle est toujours là. Il est important de s’écouter et ne pas avoir honte de choisir une culture ou plusieurs.

Je n’ai jamais rejeté l’une de mes trois cultures. Mes parents m’ont toujours parlé du Mexique, ils m’ont toujours expliqué cette culture. Chez nous, le Mexique est présent avec des livres, des statuts, des peintures, des cartes… Ma chambre est très mexicaine. Mes parents m’ont ramené beaucoup de choses de là-bas lorsque j’étais bébé.

J’ai toujours accepté ma culture d’origine, mon seul regret est de ne pas comprendre et parler l’espagnol. J’ai voulu aller au Mexique lorsque je me sentais prête, mes parents avaient les moyens de m’y emmener quand je voulais. C’est à mes 20 ans que j’ai dit que j’étais prête et nous y sommes allés. Pendant mon voyage, par contre, j’avais énormément de questions, il y a eu des pleurs, des espoirs… Je me souviens avoir vomis quand j’ai vu l’hôpital où j’étais née, je crois que j’ai été choquée, même si j’avais accepté mon histoire.


Pour moi, le fait de posséder plusieurs cultures fait que nous sommes très ouverts d’esprit, nous sommes fiers et prêts à partager ces cultures. Je vois ça très positivement. Par contre, on ne peut pas vraiment expliquer aux gens notre double culture parce qu’ils ne comprennent pas ce que l’on peut ressentir, ni même comment on pourrait avoir une double culture sans jamais avoir habité là-bas. » (Mélissa, adoptée au Mexique)



Le rapport à la double culture est donc vécu différemment selon les personnes, leur histoire et leur entourage. Chez les personnes adoptées, il est d'autant plus complexe puisqu'il nécessite souvent un effort supplémentaire. Alors que certains acquièrent naturellement une culture en y étant constamment en contact, d'autres devront s'investir seuls pour renouer et maintenir le contact avec leur culture d'origine. Ce travail peut être long mais leur apportera indéniablement une incroyable richesse personnelle.


Et vous ? Possédez-vous une double culture ? Si oui, quel rapport avez-vous avec vos différentes cultures ? Nous sommes curieux de lire vos commentaires ! ✒️📖❣️


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