Abuelita


Je m’appelle Sandra, mon prénom et nom de naissance sont Sandra-Milena Rodriguez, je suis née le 11 mars 1979 à Bogota en Colombie.

J’ai été adoptée à l’âge de 4 ans dans l’orphelinat « La Casa de la Madre y el Niño», par mes parents. Nous sommes arrivés en France en 1982, avec mon frère biologique David Rodriguez (aujourd’hui Stéphane) adopté à 9 mois.


Mes parents adoptifs sont français ils ont décidé d’avoir recours à l’adoption pour cause de stérilité.


Je n'ai jamais souhaité retrouver ma famille biologique, contrairement à mon frère qui lui voulait vraiment la retrouver. Malgré tout j'ai toujours pensé depuis le plus jeune âge à ma mère biologique, savoir si je lui ressemblais et à ma grand-mère qui j'en étais persuadée nous avait déposés tous les deux à l'orphelinat désirant forcément pour nous une vie qu'elle ne pourrait pas nous offrir.


Un jour de Septembre 2014 mon frère m'appelle en me disant qu’il l’a retrouvé notre Grand-mère !! Je suis tombée des nus car je pensais que notre grand-mère était très âgée quand elle nous a déposé à l'orphelinat, alors une trentaine d'année plus tard imaginez ma surprise ! Mais quelle joie d'accueillir cette nouvelle ! J'étais au courant des recherches qu'effectuait mon frère mais de là à avoir une réponse aussi vite incroyable ! Moi qui n'ai jamais voulu chercher j'étais folle de joie!



Avec mes parents nous en avons toujours parlé très ouvertement, nous regardions les albums de notre arrivée régulièrement, ils nous racontaient encore et encore, toujours d'un ton très joyeux cette arrivée que toute la famille attendait ! Et puis de mon côté petite fille de 4 ans étant arrivée en France ne parlant qu'espagnol et pas un mot de Français, il était impossible de nous cacher d'où nous venions. A l'orphelinat les petits enfants sont responsabilisés très tôt, du haut de mes 4 ans je savais faire mon lit, m'habiller toute seule, faire le nœud de mes robes à l'arrière sans aide cela a toujours impressionnée ma mère.


J'ai toujours bien vécu le fait d'avoir été adoptée même si j''ai été insupportable à l'adolescence mais comme beaucoup d'ados j'imagine, la seule chose qui me gênait vraiment était d'arriver dans une famille de grands avec la peau claire. A chaque réunion de famille je ressentais ce léger malaise qui disparaissait lorsque mes cousins colombiens (adoptés comme nous) ou mon frère étaient présents. Mais bon cela ne m'a pas perturbé au point d'en être mal dans ma peau.


Je souligne cela car cela aurait vraiment pu avoir son importance. Je n'ai jamais eu aucun problème à en parler autour de moi je ne suis d'ailleurs jamais gênée que la question « d'où tu viens ? » me soit posée, je suis Colombienne et si fière de mes origines. Je suis mariée à Georges parisien qui connait mon histoire parfaitement, nous avons eu une fille Léonore (prénom choisit car consonance latine Leonor très importante pour moi). Notre fille connait toute mon histoire nous lui avons fait découvrir Bogota le jour des retrouvailles avec notre adorable grand-mère. Elle a toujours su, quand on lui pose la question de quelle origine elle est car elle me ressemble beaucoup elle répond sans hésiter Colombienne !


Ma seule vraie question était est ce que je ressemblais à ma mère, j'ai eu la chance lorsque nous avons rencontré notre grand-mère de la voir en photo, j’étais son portrait craché. Ma grand-mère nous a raconté que très jeune ma mère biologique avait surement été kidnappée par les Farcs et malheureusement elle n’est jamais réapparue.


Lorsque mon frère a retrouvé notre grand-mère j'avais plein de questions en tête.

J'étais sûre de lui dire c'était MERCI, merci de nous avoir confié à l'orphelinat merci car grâce à elle nous avions eu une vie heureuse. Je voulais la serrer dans mes bras la regarder pendant des heures parler et nous raconter son histoire.


Quand nous l’avons rencontré, elle nous racontait sans s'arrêter tout ce qui c'était passé depuis notre départ. Elle est même revenue pendant plusieurs années demander de nos nouvelles à l'orphelinat, elle avait en sa possession quelques photos de nous plus grands et puis un jour elle n'a plus pu se déplacer.


Nous l'avons retrouvé elle avait 77 ans, une poupée toute petite avec un regard plein d'amour, mais si forte ! Et quelle force lui a t'il fallut pour vivre tout cela Abuelita, la disparition de sa fille, une vie entière à travailler dure avec des trajets interminables en bus, puis l'obligation de se séparer de la seule famille qui lui restait, nous.


Quelle chance nous avons eu c'est un vrai acte d'amour, nous avons pu la revoir une seconde fois puis elle s'en est allée quel déchirement de ne pas avoir pu être à ses côtés. Mais elle est dans notre cœur elle l'a toujours été.


Abuelita querida, muchas gracias* les derniers mots que nous lui avons transmis.






*Grand-mère chérie, merci beaucoup

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