À la recherche de ma fratrie

Je m’appelle Enora, j’ai 20 ans et j’ai été adoptée à l’âge de deux mois en Colombie, à Bogota. Mes parents, qui sont d’origine française, ont eu recours à l’adoption car ma maman a des problèmes de stérilité et ne pouvait pas concevoir d’enfant. J’ai aussi une petite sœur qui a été adoptée dans le même centre d’adoption, « La Casa de la Madre y el Niño » à l’âge de 4 mois, lorsque j’avais 6 ans.


J’ai toujours su que j’avais été adoptée. Mes parents ne me l’ont jamais caché et puis cela se voyait. Je me posais beaucoup de questions quand j’étais petite, vers mes 8-9 ans. C’est arrivé à cause des autres enfants, parce qu’ils voyaient que je n’avais pas la même couleur de peau que ma famille. On me demandait donc si c’était bien mes parents et pourquoi nous n’avions pas la même peau. Quand je répondais que j’avais été adoptée, ils me disaient « Ah, mais tu as été abandonnée ! », « Mais ce ne sont pas tes vrais parents ? », « Est-ce que tu veux retrouver tes vrais parents ? », etc.

Je me suis posée beaucoup de questions à ce moment-là. En grandissant, ça a été un peu dur pour moi. Surtout à l’adolescence, je ne me retrouvais pas dans leurs visages, dans leurs physiques… Du coup je ne pouvais pas me dire que je ressemblais à quelqu’un. J’ai commencé à me poser beaucoup de questions par rapport à ma famille biologique et notamment sur les raisons de ma mise à l’adoption. Mais je ne faisais pas part de mes interrogations à mes parents, j’étais un peu gênée et je gardais tout ça pour moi. Finalement, en grandissant, toutes ces interrogations sont parties. Je me pose toujours des questions parfois, parce que je n’ai vraiment aucune photo, rien… Mais ça ne m’intéresse plus vraiment.





Il y a un moment, j’ai souhaité rechercher ma famille biologique. Mais j’étais mineure à cette époque et je devais donc en parler à mes parents. Or, je préférais faire cette démarche seule. Récemment, j’ai ressorti à nouveau mon dossier d’adoption. Mais c’est plus une question de curiosité, pour avoir des photos, des réponses à des questions… J’ai tout de même une feuille qui dit que j’aimerais retrouver ma famille biologique et j’ai commencé à faire les démarches. Mais j’attends un petit peu, ce n’est pas pressé. C’était vraiment de la curiosité, pour répondre à certaines questions, parce que le fait d’avoir un vide parfois c’est compliqué.


« Si on arrivait à renouer le contact, je pense que ce serait quand même assez froid entre nous. »


Pour moi, ce n’est pas la famille qui m’a élevée, ce n’est pas la famille qui était là pour moi. Je ne sais pas si ma famille biologique peut me retrouver, mais en tout cas je n’ai reçu aucune lettre de leur part à mes 18 ans au cas où je souhaitais reprendre contact avec eux. J’ai aussi découvert dans mon dossier que mon père biologique ne m’avait pas reconnue. Du coup, je me suis posée encore plus de questions sur ma conception. J’ai également vu que j’étais la troisième enfant de ma mère biologique. J’ai deux aînés sur lesquels je n’ai aucune information. C’est vraiment ça que je veux savoir ! A quoi ils ressemblent ? Est-ce que ce sont des filles ou des garçons ?

Elle m’a eu à 21 ans, ils devaient donc être très petits et n’avoir pas conscience de ce qu’il s’était passé. Je n’ai vraiment aucune information sur eux et c’est ça qui est horrible ! Je n’ai que le nom et le prénom de ma mère biologique, une ville de naissance et un numéro d’identité. J’ai fait des recherches sur les réseaux mais il y a tellement de personnes qui ont le même nom !


« Ce sont eux qui me motivent réellement dans mes démarches, plus que la recherche de ma mère biologique. Je suis très bien dans ma famille et si je devais reprendre contact avec ma famille biologique ce serait vraiment pour mes frères ou sœurs. »


J’espère quand même réussir à avoir des réponses un jour, mais je ne suis pas vraiment pressée. J’ai le temps. J’ai commencé mes démarches, je vais les continuer et on verra ce que ça donne. En tout cas, j’ai eu énormément de chance de tomber dans la famille dans laquelle je suis. Je pense aussi que mon histoire m’a permis d’être plus ouverte aux autres que certaines personnes et plus empathique. Quand j’étais petite et qu’on me posait plein de questions sur l’adoption, j’étais très mal à l’aise, je ne savais pas quoi répondre. Du coup maintenant, je ne pose pas de questions aux autres pour ne pas les embêter, mais si jamais ils veulent parler je suis là, quel que soit le sujet, et je les encourage, pour que ça sorte. Je pense que c’est important de parler.


Aujourd’hui, je me sens quand même pleinement franco-colombienne. Je ne suis retournée en Colombie qu’à mes 6 ans, lors de l’adoption de ma petite sœur, donc je ne m’en rappelle pas trop. Petite j’avais très envie d’y retourner, maintenant un peu moins. Je pense que j’ai pris du recul sur la chose. Mais même si culturellement j’ai eu une éducation à la française, j’ai volontairement « gardé » mes origines colombiennes. J’ai acquis toute seule mon espagnol en travaillant, en regardant des séries dans cette langue, en écoutant des chansons. Je me suis rapprochée de la culture latino et hispanique. J’ai aussi choisi une licence « éco-gestion – sociétés et langue hispanophones » avec un parcours franco-espagnol exprès pour garder mes racines, mes origines, parce que justement pour moi c’est important. Je me sens autant française que colombienne ! Même si je ne parle pas couramment espagnol, que je n’ai pas de famille hispanophone, je me sens quand même colombienne. Et puis c’est dans mes gènes ! Physiquement je ressemble à une colombienne et je suis d’ailleurs très très fière de dire que je suis franco-colombienne quand on me pose la question !

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